Dès le départ des Açores, le froid s’installe. Il faut dormir la nuit sous plusieurs couches, ne plus quitter ses habits de quarts dès que l’on sort dehors. De jour, le·la barreur·euse se retrouve seul·e avec les éléments. Les apéros sur le pont ne font plus partie de notre routine quotidienne.
Nous somme parti·es depuis seulement quelques heures, et en remontant la canne à pêche : stupeur et tremblements. De l’autre côté de la ligne s’agitent une dizaine de mouettes. L’une d’elles a dû confondre le leurre avec un vrai poisson. Nous la remontons et notre vétérinaire à bord extirpe en douceur l’hameçon de son bec. Elle reprend sa route ; nous rangeons la canne à pêche.
On ne compte plus le nombre de dauphins aperçus de près ou de loin. Bientôt, on ne sort plus sur le pont quand le·la barreur·euse signale leur présence ; nous les regardons au chaud depuis les hublots. Les grands absents de cette transat restent les poissons-volants, pourtant si nombreux à l’aller.
Et puis toujours le bateau gîte. Il faut faire attention à ne pas se rouler dessus pendant notre sommeil, caler une jambe pour freiner la glissade. Toujours le corps travaille pour contrebalancer la gîte, pour tenter de se tenir droit et ne pas tomber. Certains jours, lorsque les prévisions nous alertent sur les mouvements attendus du lendemain, nous préparons les repas à l’avance.
Petit à petit, les journées se rallongent. Le jour grignote la nuit. Pour la première fois depuis des mois, le soleil se couche après 18h, nous laissant admirer les heures où les lueurs se meurent. Mais la fatigue se fait de plus en plus ressentir. La mer et le vent et le froid nous secouent. Nous passons le plus clair de notre temps à nous reposer, dormir ou manger. Et aussi à aller faire pipi. Le brassage incessant du corps réveille des envies pressantes régulières.
Une routine monotone s’installe ainsi à bord. Nous arrivons tout de même à prendre quelques apéros à l’intérieur, à faire des partie de tarot. La fatigue nous gagne tant que bientôt, nous devons instaurer des quarts de jour. Plus personne ne s’éveille naturellement en début de matinée, aussi le·la barreur·euse des premières heures du jour ne voit plus la relève assurée. A nos côtés, la houle se balance, le vent expluse un souffle qui nous propulse rapidement vers notre destination. L’envie d’arriver, de retrouver la terre ferme et notre mobilité se fait de plus en plus ressentir.
La dernière nuit avant notre arrivée, la mer est déchaînée. 8 mètres de houle s’affolent à côté de la coque. Enfin, le jour perce à travers la tempête, Belle-Ile se dessine. Nous voilà arrivé·es.


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