Je pars

Je pars. Après des mois à y songer la nuit, à en rêver le jour, le départ se faufile entre les heures qui se courent après, arrachent leurs paupières, se grignotent peu à peu. En réalité, mon voyage a déjà commencé au début de l’été. Quand le soleil s’est installé sur les terrasses et les visages, que j’ai quitté la vie bruxelloise, empilé ma vie dans des cartons, rangé ces cartons dans un grenier breton. J’ai pris mon sac à dos, un ami par la main, on a pointé une destination sur une carte et la route s’est déroulé sous nos pieds.

Mais cette fois, je pars seule. Loin. Là où les heures se décalent sur les cadrans horaires, où les billets ne s’impriment pas en euros et où les langues forment des consonnes que l’on s’applique à prononcer. Là bas est un ailleurs flou qui n’a d’ailleurs pour nom ni une région ni un pays. Là bas se nommera quand, après des semaines sur l’eau, mes pieds quitteront un bateau qui m’aura emmené sur une côte brésilienne, une île caribéenne ou un rivage colombien. Je pars sans encore savoir où je vais.

Je ne sais pas non plus quelle Maël je serai quand je reviendrai. Il y a quelques mois,  je me regardais dans les miroirs sans me reconnaître. Etrangère à moi même, dans un quotidien qui me gobe toute entière, qui sans me mâcher me recrache, dans la lessiveuse d’un monde qui continue de tourner. Aujourd’hui, si je croise mon reflet, je vois quelqu’un qui se cherche, qui tente d’écouter les murmures d’un ‘je’ se dessinant peu à peu. Il est impossible de prédire quelles parties de moi fleuriront en chemin. Quelles émotions électriseront les particules de mon corps? Quels nouveaux noms s’imprimeront sur l’écran de mon téléphone et dans le fin fond de ma gorge? Je pars sans encore savoir où je vais.

Je pars. Pas parce que c’est une envie. Parce que c’est un besoin. Je pars pour explorer le monde et des parties de moi-même qui ne peuvent s’assembler que dans le mouvement. Je pars pour tenter d’allumer des étincelles que la nuit a trop longtemps couvé. Je pars, parce que je le peux, parce que la vie m’a placé du côté des chanceux·ses qui ont le choix, qui peuvent se créer des bulles qui se dissoudront peu à peu, qui peuvent arrêter le temps s’ils ont besoin de souffler. Je pars, sans destination précise, sans date de retour, sans idée arrêtée.

Sans savoir où je vais, j’y vais déjà 💫

Commentaires

6 réponses à « Je pars »

  1. Avatar de sabine rolland
    sabine rolland

    Bon vent Maël la belle. Prends soin de toi. Je t’aime.😘

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    1. Avatar de mael.rossignon

      ❤️❤️❤️

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  2. Avatar de laraleusedessine

    Quel beau voyage qui s’annonce ✨

    Joie joie joie pour toi 💜💜💜

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    1. Avatar de mael.rossignon

      Ouii mercii 🥰🥰🥰

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  3. Avatar de Boloch
    Boloch

    Bon courage dans tes nouvelles aventures! En espérant qu’elles t’apportent ce que tu y cherches 🙂. Antonin

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    1. Avatar de maelecritlintime

      Merci Antonin ✨️

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