Du Cap Vert, j’ai entr’aperçu la gentillesse de ses habitants et la beauté de leurs corps, les couleurs vives de chaque maison, la pauvreté de leurs rues, la douce chaleur de l’ambiance. Le jour de notre arrivée, je rencontre deux skippers à la recherche d’équipier·es pour la grande traversée, avec qui j’avais brièvement échangé via internet.

Du premier, je ne peux pas dire grand chose, à part le mauvais pressentiment que me laisse notre conversation. J’entendrai plus tard de vilaines histoires à son propos qui ne font que confirmer ce que mes tripes ont ressenti.
Le deuxième me fait visiter son bateau, rencontrer l’autre bateau-stoppeuse avec qui il est venu depuis les Canaries, m’annonce que je suis la bienvenue et que le départ pour Tobago est déjà le lendemain. Le bateau est petit et simple, tout en bois, bien rangé et nettoyé avec une décoration toute choisie et une vibe des plus hippie. L’équipage a l’air gentil et m’inspire confiance, alors je confirme sur le champ. Je ne pensais ni trouver si vite ni reprendre la mer si rapidement. J’arrive tout de même à négocier un jour de répit pour reprendre mes esprits, laver mon linge et passer une dernière soirée avec E. et Mesa.
Le lendemain midi, je quitte ma cabine et foule le sol du ponton de mon nouveau bateau. En raison notamment de la météo, nous partirons quatre jours plus tard, et décidons, la veille du départ, de nous rediriger vers la Barbade, destination plus éloignée des côtes vénézuéliennes, et donc plus rassurante au vu du contexte géopolitique actuel.
Ces quelques jours me permettent d’explorer un peu plus le Cap Vert dont un petit village bordant des kilomètres de plage, de promener mes pieds jusqu’à un phare isolé, d’arpenter des marchés, de me laisser porter par les sons d’une batucada, mais aussi de rencontrer d’autres bateau-stoppeur·euse·s.


Le bar flottant de la marina est le point de ralliement du monde marin alentour ; c’est l’endroit stratégique pour trouver son prochain bateau car toustes s’y retrouvent pour échanger autour d’une Strella – la bière locale – ou déguster un bon petit plat. Avec Mesa, on y retrouve un couple rencontré à la marina de Tenerife qui arpentait déjà les pontons. Je reconnais quelques visages d’annonces postées sur internet. Certain·e·s bateau-stoppeur·euse·s ont formé des colocs pour limiter les coûts de logement, toustes ont placardé des affiches à l’entrée de la marina, comme j’avais également préparé et prévu d’imprimer. Pour certain·e·s il faudra des semaines voire des mois pour trouver la perle rare sur laquelle embarquer, pour d’autres il suffira de quelques jours tout comme moi. Les moins chanceux·ses abandonneront le projet sur les pontons.
C’est en tout cas une communauté bienveillante et solidaire malgré la concurrence évidente que chacun.e représente pour l’autre. Un petit monde à soi que je découvre tout aussi brièvement que partiellement.
Sur la plage de Mindelo, Mesa me rase la tête. Mes cheveux se perdent dans le sable et le vent. Il est déjà temps de faire mes premiers adieux et les derniers préparatifs avant de reprendre le large auprès de celleux avec qui je naviguerai durant trois semaines.




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